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Perspectives Inclusives

🌈 FĂ©ministe hystĂ©rique et homme de poigne


Hello Reader,

Si on a dĂ©jĂ  discutĂ©, tu t’en es sĂ»rement rendu compte : j’ai pas mal de tics de langage. Et y en a un dont j’ai du mal Ă  me dĂ©faire. Je dis beaucoup trop souvent “c’est un truc de ouf”.

Sauf que, comme beaucoup d’autres expressions du quotidien, c’est psychophobe. Autrement dit, ça entretient des stĂ©rĂ©otypes sur les personnes qui ont des troubles de la santĂ© mentale.

Et pour quelqu’un qui conseille les entreprises en communication inclusive, c’est pas terrible.

Partant de ce constat, j’ai eu envie d’explorer la psychophobie dans la langue et de partager mes rĂ©flexions ici.

Au sommaire de cette Ă©dition

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1. Les insultes psychophobes

2. Psychophobie et sexisme font bon ménage

3. Comment adopter un langage non psychophobe ?

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Temps de lecture : 4 minutes

Bonne lecture !


Les insultes psychophobes

Nos mots ont un sens

“Je deviens zinzin”

“Ça me rend dingue”

“C'est un truc de fou”

Tout ça, c’est psychophobe.

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L’instant Robert

(le dico, pas De Niro)

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La psychophobie relĂšve plutĂŽt de la discrimination que de la phobie. Elle dĂ©signe la discrimination (systĂ©mique) des personnes qui prĂ©sentent ou ont l’air de prĂ©senter un trouble de la santĂ© mentale, et les personnes (supposĂ©ment) neuro-atypiques.

Plein d’expressions sont entrĂ©es dans le langage courant, sans que ça ne gĂȘne personne. En tout cas, pas le groupe dominant. On se permet mĂȘme des moqueries et des insultes qui font rĂ©fĂ©rence Ă  des troubles psy.

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Il y a les mots qui dĂ©signent, ou ont dĂ©signĂ© dans l’histoire, des troubles psy : “fou”, “malade mentale”, “tarĂ©â€, “psychopathe”.

Mais aussi ceux qui font rĂ©fĂ©rence Ă  un manque d’intelligence : “abruti”, “dĂ©bile”, “avoir un QI d’huĂźtre”.

Et enfin, ceux qui dĂ©signent des formes de neuro-diversitĂ© ou des troubles psy : “triso”, “autiste”, “schizo”, “parano”, etc.

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Tous ces termes sont utilisĂ©s comme des insultes. Ce qui renforce l’idĂ©e qu’il y a les personnes “normales” et les autres, celles qui “sortent des cases” et sont, de fait, exclues.

Cette exclusion dans la langue reflĂšte une exclusion, des discriminations et des stĂ©rĂ©otypes concrets dans la sociĂ©tĂ©. Que ce soit des moqueries Ă  l’école, du harcĂšlement ou encore de la discrimination Ă  l’embauche, la psychophobie se loge partout.

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Psychophobie et sexisme font bon ménage

Les féministes sont hystériques et les hommes violents sont des tarés ?

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Le point Ă©tymo

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“HystĂ©rique” vient du latin hystericus qui signifie “relatif Ă  l’utĂ©rus” et du grec ancien husterikos, qui a le mĂȘme sens. À l’origine, l’hystĂ©rie dĂ©signe un trouble psychique liĂ©e Ă  un dysfonctionnement de l’utĂ©rus.

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Pendant TRÈS longtemps, l’hystĂ©rie Ă©tait donc associĂ©e aux seules personnes ayant un utĂ©rus. Comme c’est pratique, pour discrĂ©diter la colĂšre des femmes !

Voyez-vous, une femme qui s’énerve, c’est parce qu’elle a ses rĂšgles. ForcĂ©ment. Ce n’est pas parce qu’elle subit des inĂ©galitĂ©s, des violences, des insultes, des discriminations. Non, non, tout ça, c’est une question d’utĂ©rus.

Et cette colÚre est forcément anormale. Elle est forcément une forme
 de folie.

L’avantage (pour le patriarcat), c’est que ça dĂ©politise complĂštement le sujet. Quand une personne sexisĂ©e crie et exprime de la colĂšre, c’est forcĂ©ment qu’elle a un “problĂšme dans sa tĂȘte”. Ben oui, pourquoi remettre en cause les discriminations systĂ©miques quand on peut pointer du doigt un problĂšme de santĂ© mentale individuelle ?

En parallĂšle, les hommes qui commettent des violences sont souvent qualifiĂ©s de “monstres”, de “tarĂ©s”, de “psychopathes”. Comme si la violence Ă©tait aussi un symptĂŽme de mal-ĂȘtre psychologique. Comme si elle n’était pas systĂ©mique.

Le procùs de Mazan le montre bien : les agresseurs, les vi*leurs, ne sont pas des “malades mentaux”. Comme le dit si justement l’autrice, chercheuse et formatrice Suzanne Zaccour :

« Les vi*leurs, ce sont des hommes bien ordinaires, et il y a donc beaucoup de femmes qui sont agressĂ©es et qui ne sont pas crues parce qu’on se dit que ça ne se peut pas parce que ce n’est pas un monstre qui les a violĂ©es ».

La rhĂ©torique de l’homme de poigne qui “va trop loin” et de la femme hystĂ©rique a donc des rĂ©percussions bien concrĂštes.

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Comment adopter un langage non psychophobe ?

Agir Ă  notre Ă©chelle

Je ne suis pas avocate. Ni psychologue. Ni journaliste. Mon mĂ©tier, c’est d’écrire, de traduire et de conseiller les organisations pour qu’elles adoptent un langage plus inclusif.

Alors aujourd’hui, je voulais vous partager 3 bonnes pratiques pour Ă©viter de perpĂ©tuer la psychophobie dans nos mots. Parce que c’est aussi ça, le langage inclusif.

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1. Bannir les insultes psychophobes

Bon, dans l’idĂ©e, on Ă©vite d’insulter les gens tout court (mais quand quelqu’un me fait une queue de poisson, j’ai du mal Ă  me retenir, j’avoue).

Mais si on utilise des insultes qui ne sont pas psychophobes, sexistes, racistes, homophobes ou validistes, c’est dĂ©jĂ  un grand pas !

Si vous voulez en savoir plus sur les insultes (et avoir des idĂ©es d’insultes inclusives), je vous conseille ce webinaire gratuit de (R)Ă©volution Inclusive.

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2. Utiliser les bons mots

Changer souvent d’avis, ce n’est pas ĂȘtre bipolaire.

Avoir l’air triste, ce n’est pas ĂȘtre en dĂ©pression.

Être timide, ce n’est pas ĂȘtre autiste.

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La stigmatisation passe souvent par nos mots. Alors quand vous parlez d’un trouble de la santĂ© mentale ou de neuro-atypie, soyez prĂ©cis·e. Et adoptez le vocabulaire utilisĂ© par les personnes concernĂ©es.

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3. S'informer

Difficile d’utiliser les bons mots quand on ne sait pas de quoi on parle exactement.

Mon conseil : consulter des sources fiables, créées par des personnes concernées et par des expert·es.

Et Ă©viter les pages traduites automatiquement. Les robots de DeepL et Google Translate n’ont pas (encore ?) de lunettes inclusives.


J’espĂšre que cette Ă©dition t’a plu et qu’elle t’a permis d’apprendre quelque chose. Est-ce que tu avais conscience de tous ces aspects de notre langage Reader ?

Tu peux rĂ©pondre directement Ă  ce mail pour qu’on en discute.

Si tu as d’autres ressources à partager sur le sujet, je suis aussi preneuse 😊

À trùs vite !

Charlotte 🌈


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