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Hello Reader, Si on a dĂ©jĂ discutĂ©, tu tâen es sĂ»rement rendu compte : jâai pas mal de tics de langage. Et y en a un dont jâai du mal Ă me dĂ©faire. Je dis beaucoup trop souvent âcâest un truc de oufâ. Sauf que, comme beaucoup dâautres expressions du quotidien, câest psychophobe. Autrement dit, ça entretient des stĂ©rĂ©otypes sur les personnes qui ont des troubles de la santĂ© mentale. Et pour quelquâun qui conseille les entreprises en communication inclusive, câest pas terrible. Partant de ce constat, jâai eu envie dâexplorer la psychophobie dans la langue et de partager mes rĂ©flexions ici. Bonne lecture ! Les insultes psychophobesNos mots ont un sens âJe deviens zinzinâ âĂa me rend dingueâ âC'est un truc de fouâ Tout ça, câest psychophobe. â Plein dâexpressions sont entrĂ©es dans le langage courant, sans que ça ne gĂȘne personne. En tout cas, pas le groupe dominant. On se permet mĂȘme des moqueries et des insultes qui font rĂ©fĂ©rence Ă des troubles psy. â Il y a les mots qui dĂ©signent, ou ont dĂ©signĂ© dans lâhistoire, des troubles psy : âfouâ, âmalade mentaleâ, âtarĂ©â, âpsychopatheâ. Mais aussi ceux qui font rĂ©fĂ©rence Ă un manque dâintelligence : âabrutiâ, âdĂ©bileâ, âavoir un QI dâhuĂźtreâ. Et enfin, ceux qui dĂ©signent des formes de neuro-diversitĂ© ou des troubles psy : âtrisoâ, âautisteâ, âschizoâ, âparanoâ, etc. â Tous ces termes sont utilisĂ©s comme des insultes. Ce qui renforce lâidĂ©e quâil y a les personnes ânormalesâ et les autres, celles qui âsortent des casesâ et sont, de fait, exclues. Cette exclusion dans la langue reflĂšte une exclusion, des discriminations et des stĂ©rĂ©otypes concrets dans la sociĂ©tĂ©. Que ce soit des moqueries Ă lâĂ©cole, du harcĂšlement ou encore de la discrimination Ă lâembauche, la psychophobie se loge partout. â Psychophobie et sexisme font bon mĂ©nageLes fĂ©ministes sont hystĂ©riques et les hommes violents sont des tarĂ©s ? â â Pendant TRĂS longtemps, lâhystĂ©rie Ă©tait donc associĂ©e aux seules personnes ayant un utĂ©rus. Comme câest pratique, pour discrĂ©diter la colĂšre des femmes ! Voyez-vous, une femme qui sâĂ©nerve, câest parce quâelle a ses rĂšgles. ForcĂ©ment. Ce nâest pas parce quâelle subit des inĂ©galitĂ©s, des violences, des insultes, des discriminations. Non, non, tout ça, câest une question dâutĂ©rus. Et cette colĂšre est forcĂ©ment anormale. Elle est forcĂ©ment une forme⊠de folie. Lâavantage (pour le patriarcat), câest que ça dĂ©politise complĂštement le sujet. Quand une personne sexisĂ©e crie et exprime de la colĂšre, câest forcĂ©ment quâelle a un âproblĂšme dans sa tĂȘteâ. Ben oui, pourquoi remettre en cause les discriminations systĂ©miques quand on peut pointer du doigt un problĂšme de santĂ© mentale individuelle ? En parallĂšle, les hommes qui commettent des violences sont souvent qualifiĂ©s de âmonstresâ, de âtarĂ©sâ, de âpsychopathesâ. Comme si la violence Ă©tait aussi un symptĂŽme de mal-ĂȘtre psychologique. Comme si elle nâĂ©tait pas systĂ©mique. Le procĂšs de Mazan le montre bien : les agresseurs, les vi*leurs, ne sont pas des âmalades mentauxâ. Comme le dit si justement lâautrice, chercheuse et formatrice Suzanne Zaccour : « Les vi*leurs, ce sont des hommes bien ordinaires, et il y a donc beaucoup de femmes qui sont agressĂ©es et qui ne sont pas crues parce quâon se dit que ça ne se peut pas parce que ce nâest pas un monstre qui les a violĂ©es ». La rhĂ©torique de lâhomme de poigne qui âva trop loinâ et de la femme hystĂ©rique a donc des rĂ©percussions bien concrĂštes. â Comment adopter un langage non psychophobe ?Agir Ă notre Ă©chelle Je ne suis pas avocate. Ni psychologue. Ni journaliste. Mon mĂ©tier, câest dâĂ©crire, de traduire et de conseiller les organisations pour quâelles adoptent un langage plus inclusif. Alors aujourdâhui, je voulais vous partager 3 bonnes pratiques pour Ă©viter de perpĂ©tuer la psychophobie dans nos mots. Parce que câest aussi ça, le langage inclusif. â 1. Bannir les insultes psychophobesBon, dans lâidĂ©e, on Ă©vite dâinsulter les gens tout court (mais quand quelquâun me fait une queue de poisson, jâai du mal Ă me retenir, jâavoue). Mais si on utilise des insultes qui ne sont pas psychophobes, sexistes, racistes, homophobes ou validistes, câest dĂ©jĂ un grand pas ! â 2. Utiliser les bons motsChanger souvent dâavis, ce nâest pas ĂȘtre bipolaire. Avoir lâair triste, ce nâest pas ĂȘtre en dĂ©pression. Ătre timide, ce nâest pas ĂȘtre autiste. â La stigmatisation passe souvent par nos mots. Alors quand vous parlez dâun trouble de la santĂ© mentale ou de neuro-atypie, soyez prĂ©cis·e. Et adoptez le vocabulaire utilisĂ© par les personnes concernĂ©es. â 3. S'informerDifficile dâutiliser les bons mots quand on ne sait pas de quoi on parle exactement. Mon conseil : consulter des sources fiables, crĂ©Ă©es par des personnes concernĂ©es et par des expert·es. Et Ă©viter les pages traduites automatiquement. Les robots de DeepL et Google Translate nâont pas (encore ?) de lunettes inclusives. JâespĂšre que cette Ă©dition tâa plu et quâelle tâa permis dâapprendre quelque chose. Est-ce que tu avais conscience de tous ces aspects de notre langage Reader ? Tu peux rĂ©pondre directement Ă ce mail pour quâon en discute. Si tu as dâautres ressources Ă partager sur le sujet, je suis aussi preneuse đ Ă trĂšs vite ! Charlotte đ On t'a transfĂ©rĂ© cette newsletter et elle t'a plu ? 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